Facebook se retrouve de plus en plus sous les feux des critiques pour sa mauvaise gestion – pour ne pas dire sa non gestion – des « fake news », ces fausses informations qui pullulent sur le Web social et polluent les conversations ; mais le réseau n’est pas le seul vecteur de cette navrante désinformation – ce qui bien évidemment ne l’excuse en rien.

Autre canal de diffusion tout aussi important – mais peu visible des experts, et d’autant plus nuisible : les chaines de mails que certains, pour rompre leur isolement, relaient dès réception, sans nécessairement prendre le soin de les ouvrir et de les lire avant.

Les mails qui circulent ainsi sont de trois ordres différents.

Tout d’abord, les blagues, le plus souvent graveleuses, avec dessins et photos adéquats illustrant les propos : pas de quoi fouetter un chat, même si tout cela se révèle de très mauvais goût.

Ensuite viennent images et vidéos artistiques ou surprenantes, parfois de magnifiques diaporamas de paysages ou d’animaux, parfois également des photos anciennes, des cartes postales du temps jadis : de loin, les courriels les plus agréables à parcourir.

Enfin viennent les fausses infos, souvent des copier/coller de sites révisionnistes, aux relents fréquemment racistes ; parfois aussi, de simples rumeurs sans fondements, comme ces porte-clefs offerts dans les stations-services et qui seraient munis d’une puce électronique permettant à des voleurs issus des Pays de l’Est de suivre vos déplacements et venir vous dévaliser.

Question : pourquoi de nombreuses personnes âgées rediffusent auprès de leurs contacts tous ces mails – et quand bien même on ne saurait les taxer de racistes ou se simples d’esprit ?

Réponse : pour ne pas sortir de la chaîne, pour ne pas disparaître du petit monde d’Internet !

Interrogez-les, en leur montrant les aberrations qu’elles font circuler : certaines avouent bien volontiers ne pas y croire – pas toute : les dupes sont nombreuses – et pourtant elles appuient tranquillement sur la touche « envoi ».

On critique les jeunes, notamment ceux de la fameuse Génération Z, qui vivent plus dans le monde virtuel que dans la vraie vie ; ces couples qui au restaurant ne se parlent pas mais expédient des SMS à leurs amis : la vie en communautés fonctionne ainsi, pas question de se comporter autrement.

Il en va de même avec les seniors, notamment ceux du 4ème âge : ne pas « sortir » du monde Internet, passe par le relai systématique de ce que l’on reçoit pour ne pas rompre la chaine ; on se sent déjà un peu trop exclus du monde physique pour ne pas prendre le risque de sortir du virtuel.

Tout cela n’est que le signe d’une profonde solitude, et d’une triste détresse ; les seniors s’inscrivent sur Facebook pour tenter de renouer le dialogue avec leurs petits-enfants … petits-enfants qui fuient justement le même Facebook pour ne pas être vus de leurs parents et grands-parents !

Internet et les médias sociaux devraient constituer une opportunité pour rompre leur solitude ; hélas, aujourd’hui, ils les enferment plus qu’ils ne les aident.

Partagez