La dépendance, les assureurs s’y sont cassé les dents, après y avoir entrevu un Eldorado il y a une bonne décennie : les médias ont beau répéter à longueur d’éditoriaux que les retraités du Baby Boom disposent d’un pouvoir d’achat supérieur à celui de bien des actifs des générations suivantes, un séjour en établissement spécialisé constitue bien souvent un gouffre financier.

Quant aux services à la personne, là aussi la réalité s’est révélée bien en-dessous des espérances, pour de multiples raisons, la première étant que gestion des risques – le métier des assureurs – et accompagnement des personnes en difficulté constituent des métiers très différents … et que ce n’est pas parce que l’on est bon dans l’un que l’on va performer dans l’autre.

Il n’y a guère que dans l’assistance ponctuelle qu’ils ont réussi à tirer leur épingle du jeu, là encore parce qu’ils disposaient d’un savoir faire préexistant : gérer la chute d’un senior dans les escaliers n’est pas si différents que de rapatrier un blessé à l’étranger – à partir du moment où l’alerte est déclenchée, seule faille potentielle au système.

Mais surtout, autant l’on sait évaluer les risques de sinistres liés à la mise en route d’une voiture – aucun conducteur ne saurait réellement le nier, et de toutes façons, l’assurance automobile est obligatoire ; autant il est compliqué de prévoir quand se manifestera une situation de dépendance, et qui sera concerné.

C’est extrêmement difficile pour des actuaires, même s’il existe des monceaux de statistiques sur le sujet ; mais cela l’est encore plus pour les malades – et surtout leur famille, les aidants.

Parce que la dépendance – la sienne, mais surtout celle de ses proches – tout le monde la craint … mais personne ne veut vraiment y croire : tout le monde se comporte un peu comme les trois petits singes de la sagesse, en se voilant la face, en se bouchant les oreilles, pour ne pas prendre le risque d’en parler à qui que ce soit …

Jusqu’au jour fatidique où l’on s’aperçoit que les produits moisissent dans le réfrigérateur de ses parents, ou inversement que ce dernier est vide, faute d’avoir pensé à faire ses courses.

La dépendance, jamais on se s’y sera réellement préparé : ça nous tombe soudain dessus, brutalement, de manière irréversible … effrayante aussi : raison de plus pour que les premiers professionnels à qui nous nous adressons ne la dramatisent pas encore plus.

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